[Test] Cayin N6 : le dieu ancien

Quelle idée étrange que celle de Cayin. Un baladeur audiophile est normal pour une marque comme celle-là, mais l’étrangeté de sa structure rappelle que ce marché s’est largement bouleversé en moins de 5 ans. Pas de Sabre ou de Cirrus logic dernier cri, des puces déjà énergivores, mais du Burr-Brown PCM1792A, un véritable monstre haut de gamme avide d’électricité. Cette puce eu son heure de gloire avec le HiFiman HM801, premier vrai baladeur audiophile du marché, un monstre aux dimensions et au poids titanesque, alimenté en 18V, les prémices d’un marché qui ne misait alors qu’à coups de compromis.

5 ans plus tard et une quasi-maturité du marché, les Burr-Brown sont rares voire enterrés… sans doute à tort. Le Fiio X5 a tenté avec un beau succès l’aventure, bien que la partie ampli ne soit aussi adaptée qu’elle le devrait. Cowon également, avec un très haut de gamme vraiment convaincant. Et… c’est à peu près tout.  C’est là que Cayin intervient, annonçant son très haut de gamme et pourtant pas si dispendieux Cayin N6, un modèle d’aluminium usiné et de fibre de carbone, intégrant une structure Burr-Brown PCM1792A en  Dual-mono  (Deux Dac donc) et dual Amp, ce qui est unique pour le coup, rechargeable en Usb s’il vous plait. Un objet au design osé qui divisera, mais qui marquera également la possibilité d’une alternative. Et une excellente annonce aux fans de la sonorité Burr-Brown.

Un mastodonte du passé ou le top de l’audiophilie nomade ?

Design / Fabrication

Il n’y a que des paradoxes dans ce baladeur, confrontant systématiquement l’aspect général et les détails.

Un design qui divisera, mais maniant relativement bien la relation entre ce gros bloc et le rond façon hublot abritant l’écran, donnant un aspect presque agréable. Et puis il y a ces boutons de façade, relativement immondes, dont la forme et la disposition m’échappe totalement.

Côté fabrication, nous reprenons ce qui se fait de mieux en la matière, façon Astell & Kern, un bloc d’aluminium usiné. Le travail est très qualitatif et cela ne se dément pas une fois en main. De même, le dos en fibre de carbone, assez classique au final, est un très bon point. Le modèle fleure bon la solidité, et malgré son poids très important, il donne une impression plus massive que lourde.
Et puis il y a encore ces boutons, d’un plastique que l’on qualifiera poliment de quelconque, d’une finition pas irréprochable. Il n’y a rien d’alarmant, mais ni les boutons de façade ni la molette et son léger jeu ne donnent l’impression d’avoir été assemblé avec cette belle enveloppe d’aluminium. Dommage.

Le poids est encore une fois important, près de 230gr, ce qui en fait un des plus lourds actuellement, près de 50gr de plus que le Fiio X5. Pas mal, mais le modèle accueille tout de même une batterie monstrueuse (voire record) de 5600mAh, ainsi qu’une structure dual dac et dual amp, rien d’honteux quand on connait les 280gr du Hifiman hm801 à l’époque.

En façade, on retrouve l’écran de 2.4’, pas exceptionnel mais aux bons angles de vue et à la bonne lisibilité, Cayin nous a épargné l’antique écran TFT que l’on retrouve par exemple sur le Pono. Les boutons principaux sont disposés en une croix bien étrange. Je ne reviendrais pas sur le fait que je trouve leur aspect hideux, mais leur ergonomie est également perfectible, nous y reviendrons.

Tranche gauche, une molette de navigation, qui ne servira pas à un quelconque réglage de volume, contrairement à l’immense majorité des cas.

Tranche droite, le bouton de volume. Surprise à venir, ils ne servent pas uniquement à cet usage.

La tranche basse du Cayin N6 comprend la connectique Usb et micro sd.

Enfin, la tranche haute garde le reste des connectiques et le bouton Power. La prise jack casque, la sortie ligne, et la sortie coaxiale format jack, une disposition devenant pratiquement la norme.

 

Le Cayin N6 en impose !
Le Cayin N6 en impose !

Package

Pas le plus complet du monde, mais Cayin présente suffisamment bien. Une boite cartonnée aux reflets verts-cuivrés  nous accueille.

A l’intérieur 3 compartiments, baladeur au milieu.  A gauche, une clé usb adaptateur micro Sd, pratique pour qui n’a pas la connectique adéquate sur PC. A côté de cette clé, un… porte clé en acier et fibre de carbone. Pas très utile en soit, mais ne crachons pas sur les petits cadeaux.

Côté droit, le câblage nécessaire : Un câble usb, ainsi qu’un câble Jack vers coaxial.

Détails techniques

Arrêtons-nous un peu sur ce point, car il y a beaucoup à dire, et surtout beaucoup de particularités.

Premièrement l’utilisation, excessivement rare dans un baladeur, du Dac PCM1792A de Burr-Brown, un modèle très énergivore typique d’un système hifi haut de gamme, mais difficilement compatible avec l’aspect nomade. Hifiman ne s’y ai essayé qu’une fois, avec la gloire d’être le premier vrai baladeur audiophile, mais au prix d’un chargeur propriétaire titanesque et de compromis. Fiio et Cowon ont réussi à rendre son intégration presque normale, en permettant une recharge via port USB. Cayin emboite le pas, mais en Dual Dac

En effet,  la marque ne s’est pas contenté d’un mais de deux DAC, les PCM1792A sont ainsi montés en Dual, l’un et l’autre s’occupant d’un canal. Et puisque cela ne suffit pas, la structure d’amplification est elle aussi en dual mono, et pas timide côté puissance, mais nous verrons cela plus tard.

DAC énergivore, batterie en conséquence. Ici, nous sommes en face d’un monstre de 5600mAh, pour une autonomie pourtant annoncée à seulement 6-8hr, c’est dire la puissance requise par un tel montage.

La mémoire interne est ici un classique 8Go, le minimum syndical à l’heure actuelle, encore que des modèles comme le Fiio X5 s’en dispense.

Enfin, ce baladeur lit le DSD en natif, même en DSD 128, là où il faut par exemple attendre les 2400 euros de la version AK 240 pour y avoir droit chez  Astell & Kern.

Caractéristiques techniques:

  • DAC       Dual Burr-Brown PCM1792A
  • CPU      Dual Core 600MHz Ingenic Xburst JZ4760
  • PLD       SA2000
  • Volume  PGA2311

Sorties:

  • Sortie casque           180mW+180mW @ 32ohm
  • USB-DAC             Asynchronous USB up to 24bit/192kHz
  • Sélection du gain      High/Low (+6dB)
  • Channel Balance  -10~+10; +/-10dB
  • Egaliseur          10 bands, +/- 10dB
  • Conservation d’énergie        Veille auto Off, Backlight time off, Breakpoint Resume

Stockage et interface:

  • Ecran                 2.4″ TFT 400×360 IPS screen
  • Sortie casque               1 x 3.5mm (headphone)
  • Sortie ligne                  1 x 3.5mm (line)
  • Sortie numérique       1 x 3.5mm S/PDIF (coaxial)
  • Contrôle                       1 x Molette cliquable
  • Volume +/Next
  • Volume -/Pre
  • Langage             Anglais
  • Stockage                1 x MicroSD Card (up to 128G)

Formats supportés

  • DSD                     DSD64 (DSF,DFF), DSD128 (DSF,DFF) SACD ISO
  • WAV                    Up to 24bit/192kHz
  • FLAC                   Up to 24bit/192kHz
  • ALAC                   Up to 24bit/192kHz
  • APE                     Up to 24bit/192kHz
  • WMA                   Up to 24bit/192kHz
  • AAC                     Supported
  • OGG                    Supported
  • MPEG                  MP2, MP3

Batterie

  • Ampérage              5600mAH
  • Charge               1.2A
  • Autonomie         6-8 hours
  • Temps de charge   2.5 hours – 4.5 hours

Poids               230g

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Le Cayin N6 dispose d’une molette de contrôle cliquable.

Navigation / Interface

La navigation n’est dans l’idée pas trop compliquée à expliquer, car relativement classique dans son approche.

Le démarrage d’une dizaine de seconde nous amène sur l’écran racine, un rond ramenant à 5 possibilités, navigations (lecture en cours, navigation par fichiers, navigation par catégories) et options (options de lecture et options générales).

Cette navigation peut se faire via les boutons de façade, haut et bas permettant de descendre ou remonter, gauche et droit permettant de rentrer ou revenir dans l’arborescence. La touche droite permettant également de sélectionner (un On/Off dans les options) ou enclencher la lecture d’une piste. On peut également utiliser la molette de la tranche gauche, le clic ayant le même rôle que le bouton de façade droit (excepté pour déclencher une lecture, ou le clic propose lecture ou mise dans les favoris de la piste). Dans ce mode, il faudra néanmoins garder le bouton gauche de façade, seul permettant de revenir en arrière.  Dernier point, retenir le bouton arrière fait, quel que soit l’arborescence, revenir au menu racine.  Voilà pour la navigation classique.

Une fois une piste enclenchée, tout est un peu plus bizarre, encore que les baladeurs audiophiles nous ont habitués à tout. Le bouton droit fait ainsi office de Lecture/Pause, le bouton bas piste suivante/avance rapide, le bouton haut Retour début de piste/Piste précédente/Retour rapide. Le bouton gauche garde sa fonction inchangée, à savoir revenir dans l’arborescence. Tourner la molette permet ici de revenir dans le dossier pour sélectionner une autre piste. Cliquer sur la molette fait apparaitre un petit menu dans la tranche gauche de l’écran, lequel intègre les options de lecture, la suppression de la piste, la mise en favoris, ainsi que la gestion du gain. On restera dans la quasi-totalité des cas sur bas, mais nous y reviendrons. Enfin, ce qui est logique, les boutons de la tranche droite sont dédiés au volume, présentant 100 paliers. Une pression un peu prolongée fait passer 5 paliers à la fois.

Tout cela est bien beau, mais en lecture l’écran va forcément être amené à s’éteindre, et ne se rallume qu’en appuyant sur le bouton Power. Commence dès lors une gestion de lecture différente de celle décrite précédemment. Oui, le rôle des touches n’est pas le même écran allumé et écran éteint.

De prime abord cela est incompréhensible. Oublier les boutons de tranche, ils ne sont plus activés. Inutile également de faire tourner la roulette, désactivé également. Le clic de molette prend le relais total de la fonction Lecture/Pause. Les volumes restents des boutons de volume… mais pas que. En effet, si une pression simple permet toujours un réglage du son, une pression prolongée fait office de changement de piste, Précédente pour volume haut, suivante pour volume bas. Pourquoi tout cela ? Je ne vois à vrai dire qu’une seule raison, assez recevable vu la puissance du baladeur et sa taille, l’impossibilité de faire une mauvaise manip dans la poche. Si les boutons de façade auraient pu être conservés, la pression prolongée du volume peut être assez dangereuse au vu de la puissance de sortie du baladeur, remplacer donc cela par une navigation est recevable, bien que très étrange.

La prise en main n’est pas immédiate, mais à défaut de devenir intuitive devient assez familière, à la manière d’un Fiio X5.

L’interface est très austère, maison, mais fluide.

Line-out, Coaxial-out, sortie casque, le triplet gagnant !
Line-out, Coaxial-out, sortie casque, le triplet gagnant !

Son

La tête à peine remise de ces émotions, près à savourer un peu de bon son, voilà que le Cayin nous violente une fois de plus… dans le bon sens cette fois-ci, et cela est un euphémisme.

Il y a dans ce baladeur la synthèse de ce pourquoi je préfère les Burr-Brown. Non pas qu’ils soient les plus neutre ou les plus techniques, mais il y a ce  son vivant, charpenté, puissant, et pourtant immensément détaillé. Hifiman l’avait laissé entrevoir avec le HM801, ce Cayin est clairement au-dessus à tous les niveaux, à commencer par l’amplification enfin à la hauteur.

Il y énormément à dire, mais commençons par le plus rayonnant, la gestion du bas du spectre. Pour être concis, je considère ce baladeur comme mon nouveau mètre étalon à ce niveau. La précision et l’impact à ce niveau est proprement hallucinant pour un baladeur, l’impression de rondeur et pourtant de vitesse permet d’être déjà très bon à travers des casques/intra moyen de gamme. Passé à la moulinette des Unique Melody Mentor il ne fait que confirmer cette impression. Les Wolfson et autres Cirrus ont beau être très qualitatifs, bien meilleurs que les vieux Sigmatel de baladeur classiques, le Burr-Brown semble jouer un bon cran au-dessus, tout est dit.

Ce qui fâchera une partie du public maintenant, l’extension dans les aigus. Car il faut reconnaitre que les haut-médiums/aigus sont là aussi à la hauteur, proche de la perfection dans les percussions du genre cymbales ou dans les petits cliquetis. En revanche, ce modèle n’a pas changé sur un point, la difficulté de le ‘récupérer’ en sortie. Pour faire simple, le filtre passe-bas appliqué en sortie doit tailler le signal à la serpette pour éviter une catastrophe, d’où une baisse à partir des 10-12Khz. Celle-ci n’est pas dramatique, dans la veine de ce que propose le rendu d’un enregistrement vinyle, mais pas besoin de l’oreille absolue pour se rendre compte de la chaleur qui se dégage, au détriment de la neutralité, rendu que l’on retrouvait déjà sur le Fiio X5. Techniquement parlant, il n’y a clairement pas photos avec des modèles comme les Cirrus logic, parfaitement sûrs et linéaires, ne souffrant d’aucun défaut formel.

Le niveau de détails reste pourtant, encore une fois grâce à cette puce, dans la tranche haute des baladeurs, la qualité des basses et des haut-médiums jouant sans doute beaucoup.

Enfin, la puissance de sortie du modèle constitue également un mètre étalon. Puissant, très puissant, il n’y a pas vraiment de casque capable de lui résister à vrai dire. Là où le X5 trouve sa réelle limite (un ampli de salon étant toujours davantage conseillé) dans les orthodynamique, le N6 part tranquillement dans les décibels, alimentant sans problème un modèle comme le Audeze LCD3. Certes le montage n’est pas optimal, mais ce n’est clairement pas la puissance qui semble ici le limiter.

Il faudra dès lors rester bien sagement campé dans le mode Low Gain et dans les 30-50/100 avec un casque nomade ou intras, cela sera bien suffisant. Point primordial à ce niveau, la marque propose un limiteur sonore. En utilisation intra, je vous conseille de le bloquer à 50/100.

D’une manière totalement subjective, il semble être le meilleur modèle, niveau son dans les baladeurs en dessous de 1000 euros. Quant à sa gestion du bas du spectre, il cherche encore un concurrent (ou je ne l’ai tout simplement pas encore écouté). Dès lors, le constat est quelque part heureux pour les autres modèles. L’astell & Kern AK120II (et les autres) à tout le reste pour lui, à commencer par l’ergonomie, même constat pour le modèle Sony. Pour le son, à moins de préférer vraiment la neutralité, la qualité du Cayin parait supérieure.

Contrôle du volume déporté sur le côté gauche de l'appareil.
Contrôle du volume déporté sur le côté gauche de l’appareil.

Autonomie

Le Cayin N6 est doté d’une batterie plutôt puissante, jugez vous même : 5600 mAh soit 2000 mAh de plus qu’un Galaxy Note 4. Mais voila, les puces Burr-Brown consomment, beaucoup. L’autonomie annoncée est de 6-8h et si il est aisée d’atteindre se chiffre (voir de le dépasser) avec l’écran éteint et un volume modéré, avec un casque de salon on peinera à dépasser les 6h.

Conclusion

Sur le papier le Cayin N6 a tout d’un colosse poussiéreux, mais ses entrailles abritent l’enfer. L’ergonomie étrange, le poids et l’autonomie moyenne font difficilement oublier la véritable claque sonore qu’il inflige, particulièrement dans le bas du spectre où il est quasi impossible de lui trouver un rival. Sa signature sonore chaude reste atypique, mais il comblera, amateurs de vinyle en tête, bon nombre d’audiophiles.

A propos de Cayin

Cayin audio est un constructeur d’amplis à tubes et de produits audio haut de gamme. Après avoir fait le tour des appareils sédentaires ils souhaitent désormais proposer une gamme d’appareils nomades comme le C6 ou le C5 (ampli nomade).

Disponible sur www.audiogarden.fr

Haja Écrit par :

Musique, matos, gadgets. On mixe le tout, et hop !

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