[Test] Astell & Kern AK100 II : Nous n’avons pas les mêmes baladeurs !

Il n’y a rien de raisonnable dans d’audiophilie, surtout pas le prix. Et lorsque l’on se retrouve face à un modèle tapant dans la barre des 900 euros, on est en droit d’espérer un produit à part, plus loin que la seule considération électronique. C’est ce genre d’expérience que porte avec fierté la marque Astell & Kern, des baladeurs sans aucun compromis, taillés dans l’aluminium et façonnés par une élégance impressionnante.
Refonte des AK 100 et AK 120 avec l’arrivée de leurs secondes itérations respectives, délaissant les très bons mais vieillissants DAC Wolfson WM8740 pour les modernes Cirrus Logic CS4398. Un baladeur qui justifie son prix ?

Le AK100II est impeccablement bien fini.

Design / Fabrication

Premier choc et véritable changement vis-à-vis des marques Chinoises, l’objet en lui-même. Pas d’enveloppe de plastique, de détails posés à la va-vite, de visseries apparentes ou de détails ergonomiques plus ou moins burlesques. Le AK100 II est beau (subjectivement), mais surtout terriblement attirant. Son corps usiné dans l’aluminium, son design monolithique et l’impression que rien de déborde marque une vraie différence. C’est un baladeur comme devrait le faire n’importe quelle marque digne de ce nom. Dire que ce seul point mérite la différence de prix avec les Fiio et autres iBasso est sans doute déraisonnable, mais finalement pas tant que ça.

Côté boutons la marque se contente du minimum. Les On/off et Play/avant/arrière de navigation, ainsi que la molette de réglage de volume, très bien finie mais laissant une excroissance sur sa tranche droite. Ce dernier point permet une très bonne saisie, mais ne sera pas forcément pratique dans des poches très serrées.

Port de type micro usb on ne peut plus classique, permettant le branchement en MTP (transfert de fichiers) ou DAC désormais indispensable pour ce type de lecteur.

Sur le dessus un branchement Jack 3,5mm et une sortie symétrique 2,5mm. Pas plus de sorties ? Non, car sur le AK100 II la prise Jack 3,5mm fait également office de sortie Ligne (bypass de l’ampli casque pour un branchement sur amplificateur externe) ainsi que sortie optique pour un branchement sur DAC externe.

Enfin, présence du port micro SD pour une extension de mémoire quasi obligatoire. La touche de iRiver est ici de placer la carte très en retrait dans son slot. Comprenez qu’elle ne sortira clairement pas de son encoche toute seule, mais qu’il n’est donc pas simple de la retirer avec les doigts.

Détails techniques du AK100II

  • Modèle : AK100Ⅱ
  • Couleur : Smoky Blue
  • Finition : Aluminum
  • Ecran : 3.31pouces WVGA (480 x 800) AMOLED Touchscreen
  • Formats audio supportés : WAV, FLAC, WMA, MP3, OGG, APE(Normal, High, Fast), AAC, ALAC, AIFF, DFF, DSF
    FLAC, WAV, ALAC, AIFF : 8kHz ~ 192kHz (8/16/24bits per Sample)
    / DSD : DSD64 (1bit 2.8MHz), Stereo / DSD128 (1bit 5.6MHz), Stereo
  • Tension de sortie : Unbalance 2.0Vrms / Balance 1.7Vrms (Sans charge active)
  • Dac intégré : Cirrus Logic CS4398 x1 (Single DAC)
  • Support des fichiers : 24bit/192kHz Bit to Bit Decoding
  • Entrées : USB Micro-B input (for charging & data transfer (PC & MAC))
    / Connection Mode : MTP (Media Device)
  • Sorties : PHONES (3.5mm) / Optical Out (3.5mm) / Balanced Out (2.5mm, only 4-pole supported)
  • Wifi : 802.11 b/g/n (2.4GHz)
  • Bluetooth : V4.0
  • Dimensions : 55 mm [W] x 111 mm [H] x 14.9 mm [D]
  • Poids : (170 g)
  • Mise à jour : Firmware upgrades supported (OTA)
Sorties 3.5mm et 2.5mm pour le AK100II
Sorties 3.5mm et 2.5mm pour le AK100II

Navigation / Interface

Austérité il faut bien l’avouer. Basée sur une surcouche Android, l’interface du AK100 II n’en reste pas moins très triste, mais pas vilaine pour autant. Il y a un écran OLED, mais la marque ne le pousse clairement pas dans ses retranchements. Tout est simple, carré, dans les tons ternes, gris mêlé à d’autres nuances de gris.

L’interface de démarrage nous laisse avec un choix simple. La dernière piste jouée (ou en cours), Le MQS Streaming (nous y reviendrons), les réglages, et un bon 40% occupé par la navigation musicale par thème : Genres, Albums, Artistes, Chansons, Playlist, et bien sur Navigation par dossiers, ce dernier étant le seul que j’utilise vraiment, et reste généralement le plus utilisé.

Côté réglages : Une simple page, très simple, toujours austère mais très claire. Celle-ci permet ni plus ni point d’accéder à tous les paramètres d’interface, de son et sorties son, ainsi que d’ergonomie.

La navigation musicale est à la l’image du reste : simple et sans fioriture. On a déjà vu plus fluide, mais il n’y a jamais de freeze (blocage de l’image quelques secondes) ou de bugs majeurs, et la majorité des baladeurs audiophiles fait (malheureusement ou heureusement) pire voire bien pire. Difficile de classer ça comme un bon point pourtant, cela devrait être un minimum.

Même constat pour le tactile. Ce n’est pas fabuleux en terme de qualité, mais le AK100 II reste au-dessus en terme de réactivité et de précision.  Il répond bien, sans avoir à insister 2 ou 3 fois.

Pour ne pas changer, le lancement des pistes, le passage de pistes, mise en pause etc… est également très réactif, sans les petits lags rencontrés trop souvent dans ce type de lecteurs.

Qualité sonore

On rentre dans le vif du sujet, peut-être la seule partie que vous lirez (si c’est le cas, veuillez tout de suite revenir au début !!). Testé avec à peu près toutes les gammes de casques nomades et écouteurs, je me suis particulièrement concentré sur les UM Mentor, que je considère simplement comme le meilleur modèle de tout l’univers nomade (casques et intras inclus), un modèle très exigeant et dont il semble difficile d’atteindre la limite.

Premier constat, mais sans surprise pour ce DAC, une extension parfaite des basses aux aigus, de ce côté la linéarité prime. Aucune sensation de chaleur comme sur les Wolfson, le Cirrus est un monstre de détails qui ne laisse rien passer, le moindre petit pincement est retranscrit.

On oppose souvent la chaleur de certains DAC avec la linéarité d’autres, celle-ci est assez simple à expliquer pourtant et se retrouve parfaitement ici : ce modèle est techniquement ce qui se fait de plus avancé sur le marché. Que les aigus soient trop agressifs aux oreilles de certains peut se comprendre, mais à ce modèle pourrait s’appliquer la fameuse formule utilisée « la musique telle que l’artiste l’a enregistré ». Un défaut ? Il ne le masquera pas. Un mauvais mixage ? Il vous le rendra tout aussi parfaitement mauvais. Des sonorités trop agressives ? Il vous les servira avec toute l’agressivité que vous lui demandez.

La partie amplificatrice est au diapason de cette philosophie, un exemple de détails et de technicité. Pas de puissance inconsidérée ou mal réglée. Aucun souffle, à aucun moment, sur aucun modèle d’intra/casque (excepté si cela provient du morceau bien sur). Mais cette qualité d’amplification a le prix de sa philosophie, elle n’est là que pour servir des modèles nomades ou semi nomades, n’espérez jamais faire honneur aux gourmands colosses que sont les Orthodynamiques Audeze ou les dynamiques de 300 Ohms Sennheiser. Certes du son en sortira, vous pourrez même espérer en tirer un rendu acceptable, mais pas plus. Le AK100 II se démarque ainsi des Fiio et Ibasso, bien plus puissants mais pas aussi exceptionnels sur intras et casques nomades. Le modèle se voulant être un « baladeur » on comprend la démarche, mais il faut savoir à quoi s’en tenir.

Des points perfectibles ? Un seul évident à mon sens. La différence Mono-Dac et Dual-Dac se fait sentir dans l’ampleur de la scène sonore. Sur ce point il reste tout de même en dessous des AK120 II et AK 240 que nous testerons plus tard, encore qu’il soit objectivement le meilleur rapport qualité prix. Enfin, détails qui a son importance, ce modèle ne lit pas le format DSD en natif contrairement à ses deux grands frères. Il peut lire ce type de fichier, mais le transformera en interne en PCM.
Petit plus, un amplificateur 10 bandes fonctionnant en paliers de 0.5db. Pas forcément utile ni extrêmement précis, mais efficace pour rattraper la signature générale d’un casque un peu trop expressif.

Le AK100II dispose d'un potentiomètre numérique pour le volume.
Le AK100II dispose d’un potentiomètre numérique pour le volume.

Utilisation en carte son du AK100 II

Sans surprise, la qualité sonore est égale à ce que procure la partie baladeur. Rien de surprenant, seuls les premiers essais de chez Hifiman négligeaient le convertisseur USB.

La mise en place en carte son demande un petit réglage simple, passer en mode DAC et non MTP (transfert de fichiers). Un petit bug sur ma première tentative de branchement, qui ne s’est pas manifesté depuis.

Autonomie

Toujours très loin des anciens modèles façons Cowon tapant dans les 40 heures, le AK100 II est néanmoins dans la tranche haute des baladeurs audiophiles. Annoncé à 16hr, il tient la plupart du temps 14-15hr en lecture FLAC 16bits, un peu moins avec fichiers HD. On ne descendra pas en dessous des 12hr à moins d’utiliser le MQS streaming de façon prononcée.

Petit bémol, la batterie non remplaçable. Pas une surprise quand on sait que seul iBasso le propose sur le marché, mais tout de même une déception que les constructeurs feraient bien de combler, ne serait-ce que pour la durée de vie de l’objet.

Stockage

Comme nous le précisions, le modèle dispose de 64Go de base, un très bon début quand l’essentiel des autres marques plafonnent à 64Go. Pas de grosse remarque à faire sur la rapidité de navigation ou de transfert. Le lecteur de cartes permet quant à lui d’ajouter jusqu’à 128go supplémentaires (le maximum que nous ayons testé), voire plus.

Le MQS streaming en image.
Le MQS streaming en image.

MQS Streaming

Pas le point le plus mis en avant, mais la gestion du streaming est plus qu’un simple argument et participe à une sorte d’écosystème. Ce MQS, s’il ne justifie pas à lui seul l’écart de prix avec les modèles type Ibasso DX90, l’explique en partie tant son potentiel est intéressant.

Le principe est assez simple, installer un logiciel côté PC (ou mac) sous la forme d’un serveur musical. On ajoute les dossiers contenant la musique dans ce logiciel, puis on connecte le baladeur au PC via l’onglet MQS. Il ne reste alors qu’à naviguer dans les dossiers musicaux depuis le AK100 II. Ainsi, il n’y a pas de compression ou de perte de qualité comme sur un système airplay ou bluetooth, le baladeur lis les fichiers depuis un stockage distant, rien de plus.

De fait, la qualité audio reste excellente, mais il faudra se contenter d’une navigation bien plus lente et dépendante de la qualité du wifi, ainsi que d’une utilisation des ressources importantes. Une autonomie en baisse donc.

Ce système n’a clairement pas été encensé dans ses premières versions, la faute à une instabilité assez évidente. Plusieurs mise à jour plus tard il n’y heureusement plus que quelques rares bugs, impliquant généralement une lenteur excessive.

Conclusion

Entrant de plein pied dans le déraisonnable, le AK100 II est un baladeur de passionnés, un baladeur de luxe, mais surtout un baladeur de la maturité. Difficile de le prendre en défaut tant sa construction et sa partie sonore font rêver. Bien sûr il faudra composer avec une puissance moins élevée que chez certains et un tarif vraiment salé, mais le jeu en vaut la chandelle.

A propos d’Astell&Kern

Astell&Kern est la branche luxe d’une marque pilier dans le monde de l’audio nomade : iriver. Avec le MQS comme crédo (Master Quality Sound) cette marque a été la première à proposer des baladeurs audiophiles alliant le luxe et l’audio. Si la précédente gamme ne nous avait pas convaincu, les séries A100II et AK120II nous semblent déjà plus intéressantes.

www.audiogarden.fr

Le AK100 II reste un magnifique objet.
Le AK100 II reste un magnifique objet.
Pierre Écrit par :

3 Comments

  1. roland
    4 janvier 2015

    bonsoir

    j’hésite pour l’achat d’un AK100.2 ….à comparer à un ibasso dx90.
    Est ce que l’écart de prix justifierait un écart de qualité sonore ??

    merci pour vos retours

    • Bonjour Roland,

      si c’est juste le son qui vous intéresse, personnellement je partirai sur un DX90. La section d’amplification est bien plus robuste et permettra au DX90 d’être utilisé avec casques ET intras.

      Après le AK100 II est meilleur sur tous les autres points (ergonomie, finitions etc) mais bon si c’est juste le son, je partirai sur le DX90 pour économiser un peu et prendre un gros casque 😉

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